Etre aimé, le “contrat social”.
Avez-vous déjà entendu quelqu’un vous dire: «je ne pourrais pas rester seule”? Savez-vous pourquoi tant de femmes (et tant d’hommes) ont peur de vivre seules?
Tapez “peur solitude” sur google et vous trouverez la réponse. “La solitude reflète le miroir de soi”. Le miroir de son “moi” inconscient. Toutes les femmes et tous les hommes qui ont peur de la solitude ont peur d’affronter leur propre image. Et pour cause, ils ont une affreuse opinion d’eux-mêmes. Ils ne l’avouent que très rarement mais c’est la vérité.
Même sans tomber dans cet excès nous sommes tous un peu susceptibles. D’où cela peut-il bien venir ? En quoi cela est-il blessant que quelqu’un vous dise « tu as une sale tête ce matin » si nous savons que ce n’est pas vrai ? Croyez-vous que vous blesseriez un top modèle en lui disant qu’elle est moche ? Non ? Pourquoi ? Parce qu’elle sait que cela est faux. Comment feriez-vous pour la blesser ? Peut-être attaqueriez-vous sa couleur de cheveux ? Ou bien son niveau intellectuel ? Cela fonctionnerait beaucoup mieux tant qu’elle n’est pas sûre que cela est faux… et bien c’est pareil pour tout le monde.
Tout le monde a des doutes vis-à-vis de lui-même et tout le monde est « touché » lorsque quelqu’un confirme ces doutes. Pourquoi, parce que le doute est dans l’image que nous avons de nous-mêmes. Nous ne nous aimons pas. Nous portons des œillères pour ne pas voir nos défauts et espérons n’entendre parler que de nos qualités. Nous adorons les compliments car ils nous noient dans l’illusion.
Alors qu’est-ce qui nous rassure dans la vie de couple?
Je pense tout simplement que nous n’avons plus à affronter notre image dès lors que nous trouvons quelqu’un pour nous en fabriquer une qui nous convient davantage. Et je pense que l’on ne peut qu’aimer une personne qui nous assure que nous sommes quelqu’un de bien, de beau et d’intelligent. Alors pourquoi ne pas l’adopter, ça serait pratique au quotidien non ?
Je suis persuadé que beaucoup de gens ont une tellement basse estime d’eux-mêmes qu’ils recherchent ce genre de relation de couple. Cela est terrible parce que la peur de la solitude, dans un couple, se transforme en peur de perdre l’autre. L’unique palliatif à l’image dégradante que nous avons de nous-mêmes. Et nous entrons dans une relation faussée par une dépendance animée par la peur.
Pas étonnant, dans ce type de relation, d’aimer à ce point l’autre qu’on ne peut pas l’imaginer avec quelqu’un d’autre que nous même ? Pas étonnant de le priver de sa liberté et d’exiger de lui qu’il prenne des engagements de fidélité pour le restant de nos jours. S’il nous laisse, non seulement nous perdons la seule image positive que nous avons de nous-mêmes mais en plus, convaincus que nous sommes d’être des moins que rien, nous pensons mériter cette rupture. Nous sommes convaincus que l’autre nous a quittés pour quelqu’un de mieux, de plus beau, de plus intelligent, de plus intéressant…
Je crains fort que ce que nous aimons c’est « être aimé ». C’est ça le « contrat social ». Tu me dis que tu m’aimes, que je suis belle et moi je te réponds que tu es beau et que je t’aime. Et plus tu me le diras, plus je t’aimerais. Et moins tu me le diras moins je t’aimerais. Parce qu’un contrat ça se respecte. C’est « donnant donnant ». L’expression à fuir absolument, croyez-moi !
Je suis complètement d’accord !
Joli billet.
reinedespommes
octobre 5, 2008 à 12:36
Touché.
J’ajouterais que cette attitude constitue la prédisposition numéro un à l’infidélité. Pourquoi ? Parce qu’avec la vie quotidienne, le vrai soi se montre, puis se reflète dans les yeux de l’autre, ce qui est forcément interpellant et carrément insupportable pour qui ne s’aime pas.
Il suffit alors d’une personne qui vous renvoie à nouveau l’image que vous recherchez et hop !
C’est ce qui explique le caractère addictif des relations extra-conjugales.
Mademoiselle Bis
octobre 5, 2008 à 3:58
Alors la condition de l’épanouissement serait dans les relations extraconjugales?
Mais elles engendrent pas mal de problèmes dans un couple. Elles sont difficiles à vivre et à assumer.
Quand-est-il de l’engagement ? Nous enfonce-t-il plus profondément dans la routine ? Est-ce là le mal ? Parce qu’à y réfléchir, rencontrer quelqu’un d’autre peut apporter une solution, mais que l’autre rencontre quelqu’un me semble pas mal non plus. Dans le genre: “depuis qu’il/elle m’a trompé je ressens des choses que je ne connaissais pas avant… je me sens l’aimer mais je le/la déteste tellement de m’avoir trompé. Pardonner est un autre problème…
Donc en gros, de tromper ou d’être trompé nous replace dans un contexte dans lequel l’autre n’est plus un acquis. Et bizarrement outre la rancœur, la jalousie ou autres sentiments liés à la fameuse « peur », c’est là qu’on oublie quelques temps la lourdeur de la routine. De là à se tromper mutuellement pour vivre mieux en couple, cela parait un tantinet paradoxal non ?
Eric
octobre 6, 2008 à 6:27
Les relations extraconjugales sont une fuite. La condition de l’épanouissement, c’est justement le contraire :de briser la dépendance au regard de l’autre.
J’ai connu ce que vous décrivez : on appelle cela «hysterical bonding». Mais… c’est une autre illusion d’optique. Une autre forme de fuite.
Mademoiselle Bis
octobre 7, 2008 à 1:31
Je suis d’accord avec toi (si tu me permets de te tutoyer). Elles ne sont pas du tout la solution. En revanche pour ce qui est de “briser la dépendance au regard de l’autre” c’est bien ça le problème (si j’ai bien compris ce que tu veux dire). Est-ce vraiment une “dépendance”? Ne serait-ce pas tout simplement une question de confiance ? Et le mot confiance est trés important. Il ne s’agit pas de faire confiance à l’autre pour ce qui est d’être fidèle, mais de lui faire confiance pour ce qui est de savoir aimer.
Est-ce que de briser cette dépendance au regard de l’autre ce n’est pas aller contre nature ? Nous savons bien que les autres nous attirent. Alors pourquoi nous mentir? On entre encore dans le contrat social: “Je te fais croire que je n’ai d’yeux que pour toi” et tu fais la même chose. Et en bon fidèle que nous sommes nous baissons les yeux lorsque nous croisons une “bombe atomique” (poufiasse potentielle), et vous aussi…
Vaut-il mieux être avec une femme voilée et soumise et qui accepte sa condition ou bien être avec une femme libre d’agir comme bon lui semble et qui nous prend dans ses bras le soir venu ? Peut-on apprécier l’amour d’une femme tenue pas ses engagements ou obligations ? Pour moi l’amour doit être libre et soumis à la tentation en permanence pour avoir un véritable sens. Autrement on risque fort de se tromper ou de devoir un jour dire qu’on “réinvente notre définition de l’amour” et “qu’on réalise qu’on a peut-être confondu l’amour avec autre chose”. Oh c’est moche ce que je fais là!
Bon alors si le “hysterical bonding” est une autre forme de fuite. Ce en quoi, si j’ai bien compris le terme, je ne suis pas trop d’accord, car à un moindre niveau et dans le respect de l’autre cela peut s’appeler le jeu de la séduction… mais si c’est une forme de fuite, alors la question est qu’est-ce que les couples fuient ? Parce que quoi qu’il en soit, entre les infidèles, les assoiffés d’hystérie, les dépressifs et les absents (les « neurasthéniques »), j’ai l’impression que l’on couvre 99,9% des couples.
Parce que personnellement, je ne connais pas de couple qui soit totalement épanoui sur le long terme. Il me semble que la routine affecte tout le monde avec plus ou moins d’effets, mais que tout le monde s’efforce de la combattre. Ceux qui semblent épanouis ne me donnent pas l’impression que leur couple en soit le moteur. Il me semble que ces gens là seraient épanouis même en tant que célibataires. Ils sont tout simplement pleins de vie et de bonheur. Alors forcément ils comblent leur entourage. Les autres me donnent l’impression de subir leur quotidien seuls ou à deux.
Et qu’est-ce qui permet à une jeune célibataire de s’épanouir au moins l’espace de quelques semaines ? Ou bien de redonner le sourire à une personne qui n’a pas souri depuis des jours ? Il me semble que la réponse est dans la chimie qu’occasionne une rencontre ou bien le simple sentiment de plaire. Quoi qu’il en soit c’est lié à une passion. Puis peu à peu le sourire se fait plus rare… et c’est la routine à nouveau.
Je vois deux possibilités :
1. Cela n’a rien à voir avec le couple. Etre heureux c’est une question personnelle. On ne peut pas attendre son bonheur des autres ou plutôt « d’un autre » en particulier.
2. Cela est lié au couple. Mais alors à quoi ? Qu’est-ce qui peut être castrateur à long terme dans un couple ?
Moi je penche pour la une… mais je suis un passionné. Je peux être heureux seul. Puis à y réfléchir… je penche pour la 2 et me dis que les deux sont vraies ! Et que la 2nde est vraie à cause de la conception que l’on a du couple. Conception purement cognitive et hélas tellement dogmatique…
Eric
octobre 7, 2008 à 8:52
Moi, je penche aussi pour la solution un.
Je pense simplement que c’est la maturité qui nous mène à la sagesse. Celle de savoir être bien seul ou à deux.
Lorsqu’on est jeune, on cherche son image chez l’autre.
Parce que pendant des années, petits, on nous a parlé de belles histoires d’amour et de contes de fées…
Mes constats d’aujourd’hui sont clairs aussi : de plus en plus de couples se détruisent, vont mal, font “comme si”…
J’ai peut être finalement eu la chance de ne pas avoir assez de temps pour connaitre l’usure du couple ! et je m’en réjouis quand je vois ce que ça donne.
reinedespommes
octobre 7, 2008 à 7:08